INTERVIEW SHAI MAESTRO

Vous vous êtes déjà produit à Nice de nombreuses fois. Qu’est-ce que vous aimez dans cette ville ?
Nice est une ville que j’adore et où je suis venu à de nombreuses reprises. C’est sûrement l’une des plus belles villes au monde. J’apprécie tout ici : le climat, la culture, la mentalité. D’un point de vue musical, j’aime la façon dont le public est à l’écoute et réagit lors des concerts. Nous avons toujours eu ici une expérience unique et intense.

Comment avez vous rencontré Manfred Eicher, le fondateur du label ECM ?
J’ai eu l’occasion d’enregistrer il y a 3 ou 4 ans un morceau avec le chanteur Theo Bleckmann à New York et c’est Manfred Eicher qui produisait l’album. J’étais curieux et enthousiaste de collaborer avec un producteur aussi brillant et légendaire que lui. À la fois, je me suis rendu à cette séance de façon décontractée ce qui nous a permis de se connecter immédiatement et d’aller au-delà de la partition afin d’explorer et de pousser plus loin les recherches musicales. Par la suite, il m’a proposé d’enregistrer pour ECM, bien sûr, j’ai accepté.

Qu’est ce que le label ECM représente pour vous ?
J’ai grandi en écoutant les albums du label ECM. Les albums de Keith Jarrett ont eu une grande importance et influence sur moi, pour n’en citer qu’un. Dans un monde largement dirigé par le fait de produire des albums uniquement dans le but de gagner de l’argent, ECM est un label qui se démarque complètement. Manfred Eicher se soucie uniquement de la vérité, de l’authenticité et recherche avant tout la sincérité dans la musique qu’il produit, à travers l’expression et l’exploration.

Est-ce que le fait de changer de label affecte véritablement la façon dont vous travaillez ou les sons que vous produisez à présent ?
Effectivement et spécifiquement chez ECM qui reflète l’esprit de Manfred Eicher. C’est une esthétique à part entière. Forcément, j’ai travaillé de façon différente en allant faire une recherche plus flexible qui puisse s’adapter au studio ; plutôt que d’avoir des compositions figées de A à Z, de laisser plus de place à l’interprétation. C’était une superbe expérience.

Vous avez gardé la formule en trio. Pourquoi ce choix ?
Le trio contient tous les ingrédients basiques de la musique : l’harmonie, le rythme et la mélodie.
Le trio est le format parfait pour ma musique et permet toute la flexibilité. Plus il y a de musiciens sur scène, plus il est difficile pour chacun d’expérimenter et d’avoir sa place. 3 est un nombre magique : une fois que vous êtes bien connectés, vous pouvez vraiment faire évoluer et faire progresser la musique à chaque représentation. J’ai personnellement la chance de jouer avec 2 musiciens incroyables, Jorge Roeder et Ofri Nehemya, qui sont maîtres de leur instrument et qui ont les atouts d’être des explorateurs très ouverts d’esprit.

Dans votre dernier projet The Dream Thief, vous offrez également des morceaux en solo. Que recherchez-vous en particulier dans cet exercice ?
L’album solo fait définitivement partie de mes projets. Plus je progresse en tant que musicien, plus j’ai de respect pour le format solo et plus je me sens de m’engager dans cette voie. Ça arrivera probablement dans les prochaines années. C’est une des choses les plus difficiles à faire car vous ne pouvez rebondir sur les idées de personnes comme dans un trio. En solo, vous êtes
seul face à vous-même, à avoir les idées et seul à réagir à ces idées et les développer. C’est un niveau de concentration encore plus élevé et à la fois, c’est un bon challenge.

Quel est votre support favori pour écouter la musique et pourquoi ?
J’aime les vinyles. J’ai un tourne-disque chez moi. J’aime le fait d’avoir à me lever du canapé, sortir le vinyle, le mettre dans le tourne-disque, appuyer sur lecture, fermer le tourne-disque puis écouter pendant seulement 20 minutes avant de recommencer les mêmes actions pour la seconde face du vinyle. Il y a un aspect physique dans le fait d’écouter la musique qui s’est peu à peu perdu au fil des années avec l’arrivée de la technologie. Aujourd’hui, on écoute la musique en streaming, sur nos téléphones et nos ordinateurs. Les vinyles sont une bonne façon de respecter les efforts qui ont été faits dans la création d'un projet.