Ashley Kahn

Ashley Kahn est un historien de la musique, journaliste, producteur et enseignant. Il enseigne à l’université de New York « Clive Davis Institute for Recorded Music », a cosigné l’autobiographie de Carlos Santana The Universal Tone et a écrit des livres sur deux enregistrements légendaires : Kind of Blue de Miles Davis et A love Supreme de John Coltrane. Il a également rédigé Rolling Stone : The Seventies, un aperçu de cette décennie tumultueuse. Ashley Kahn a exercé différents métiers dans le domaine de la musique, comme Dj au sein d’une radio, producteur vidéo, producteur de concerts, régisseur de spectacle et éditeur musical pour la télévision. Ses écrits ont remporté trois prix ASCAP / Deems Taylor et trois nominations aux Grammy Awards. En 2015, il a remporté un Grammy Award pour ses notes sur l’album de John Coltrane Offering : Live at Temple University.

Vous avez rencontré les plus grandes légendes de la musique et du jazz, qui est la personnalité qui vous a le plus marqué et pourquoi ?

 J’ai rencontré beaucoup de gens dans le milieu de la musique. Pas seulement dans le cercle du jazz, et pas uniquement des musiciens ou personnalités de grande notoriété. En fait, ce qui m’impressionne le plus, ce n’est pas tant la personne que l’esprit d’équipe qui lie tous les musiciens et les professionnels de la musique, un cercle d’entraide qui transcende les genres, les âges, les styles et les langues. C’est au fil de ces rencontres que j’ai commencé à réaliser que le pouvoir de connexion de la musique est sûrement sa plus forte et sa plus durable qualité. Surtout lorsque cette connexion est basée sur la musique elle-même et non sur la notoriété des musiciens.

 Vous avez écrit des livres sur les artistes. Comment choisissez-vous vos sujets et qu’est-ce que cela implique ?

 Écrire sur la musique c’est raconter des faits, comme dans la presse ou les reportages. Plus le musicien est important et influent, plus riche est la musique, plus il y a de choses à dire. Dans la plupart de mes livres, j’ai essayé de choisir des thèmes rarement abordés un album ou un label d’enregistrement par exemple et d’utiliser ce point de départ comme une fenêtre à travers laquelle on peut observer une histoire incroyable sur la création musicale que n’importe quelle personne pourrait comprendre et apprécier, et pas seulement les inconditionnels. La musique et les musiciens vivent dans le même monde et je crois vraiment que leurs histoires sont aussi importantes, plaisantes et inspirantes que celles de n’importe qui d’autre.

Quelle est l’importance des préfaces d’album ? Pourquoi vous sollicite-on ?

Aux États-Unis on appelle « liner notes », les publications, échanges et interviews que l’on trouve dans les livrets inclus dans le package du CD ou dans les coffrets. J’ai ainsi reçu un Grammy Award en 2015 pour mes notes sur l’album Offering de John Coltrane, un enregistrement historique très important qui n’avait jamais été écouté dans son intégralité jusque-là. Mais aujourd’hui, avec autant de musique distribuée en ligne sur les plateformes telles que Deezer, Spotify, Apple Music, ces livrets - et les informations qui y étaient incluses - ne font malheureusement plus partie de l’approche musicale globale. Comme vous pouvez le constater dans mon ressenti sur la musique, tout ce qui peut contribuer à consolider la connexion entre une formidable interprétation musicale et le public m’apparaît utile. Cela aide à démontrer au monde combien la musique est importante et significative. Ce n’est pas seulement un spectacle éphémère, mais l’héritage qui nous définit en tant que peuple et culture. Je me souviens qu’adolescent, je piochais dans les vieux magazines de musique et dans les magasins de vinyles d’occasion, toujours à la recherche d’informations afin de comprendre le pouvoir de la musique que j’aimais tant : The Rolling Stones et James Brown, Chuck Berry and Parliament-Funkadelic, The Beatles, Bob Marley, The Clash, David Bowie. Puis Miles Davis, John Coltrane, Mozart et Philip Glass. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes revenus à cette époque où les jeunes étudiants en musique se doivent de chercher à leur tour. Dieu merci, il y a Internet !

Vous organisez des rencontres avec des artistes à l’affiche du Nice Jazz Festival. Pouvez-vous nous expliquer le concept ?

Je suis convaincu que toute activité ou programme qui aide à transmettre la musique de façon différente, profonde et durable, est une bonne chose. La musique, en particulier celle de musiciens originaux et inspirés, a beaucoup de chose à raconter et ce n’est pas souvent que le public a l’opportunité de rencontrer ces artistes et de connaître les histoires qui se cachent derrière leur musique. Musiciens et fans se retrouvent, des questions sont posées, des blagues sont faites, les gens écoutent, apprennent et rigolent. Par expérience, le retour du public est positif, et même les musiciens apprécient ces événements. C’est exactement la raison pour laquelle j’aime ces rencontres. Je suis reconnaissant au Nice Jazz Festival qui sait reconnaître la valeur de ces événements et qui partage mon enthousiasme.